Thérapie et inclusivité : un espace pour chacun, sans exception
Il existe une idée reçue tenace autour de la psychothérapie : elle serait réservée à un certain type de personnes — celles qui ont le temps, les moyens, ou une certaine façon de se raconter. Cette représentation est non seulement inexacte, mais elle contribue à éloigner du soin des personnes qui en auraient précisément le plus besoin. L’inclusivité en psychothérapie n’est pas un slogan. C’est une posture clinique, étayée par la recherche, qui engage concrètement la manière dont un professionnel organise sa pratique et reçoit chaque personne.
Ce que signifie vraiment l’inclusivité en thérapie
L’inclusivité en psychothérapie désigne la capacité d’un thérapeute à accueillir des personnes aux profils, aux identités et aux vécus diversifiés, sans que cette diversité ne constitue un obstacle à la qualité du soin. Elle implique une réflexion active sur les biais implicites du thérapeute, sur l’accessibilité du cadre proposé et sur la capacité à adapter son approche aux besoins spécifiques de chaque individu.
Cette notion s’est progressivement imposée dans la littérature clinique internationale. Sue et al. (1992) ont été parmi les premiers à formaliser le concept de compétence culturelle en psychothérapie, soulignant que les thérapeutes doivent développer une conscience de leurs propres valeurs culturelles, une connaissance des réalités vécues par leurs patients, et des compétences adaptées pour intervenir efficacement auprès de populations diverses. Ce cadre a depuis été largement développé et enrichi (Sue & Sue, 2016).
Les personnes issues de minorités ethniques, les personnes LGBTQIA+, les personnes en situation de handicap ou de précarité sociale consultent moins fréquemment un psychologue — non pas parce qu’elles souffrent moins, mais parce qu’elles anticipent davantage d’incompréhension, de jugement ou d’inadaptation du cadre proposé.
La recherche montre que ces inégalités d’accès aux soins psychologiques sont réelles et documentées (Corrigan, 2004 ; Meyer, 2003).
Une pratique inclusive : ce que cela engage concrètement
L’inclusivité ne se décrète pas — elle se construit dans les choix pratiques qui organisent le cadre thérapeutique au quotidien.
La flexibilité du cadre. Un suivi psychologique ne ressemble pas nécessairement à une séance hebdomadaire, en cabinet, assis face à un bureau. Pour certaines personnes, la régularité des rendez-vous doit s’adapter à des contraintes de vie réelles : rythme professionnel irrégulier, fatigue chronique, hospitalisation, obligations familiales. La fréquence des séances peut être modulée en fonction de l’évolution du suivi et des besoins de chacun. De même, certaines personnes fonctionnent mieux dans un espace moins formel — une séance en extérieur peut, dans certains contextes, favoriser la parole et réduire l’effet d’inhibition que peut produire le cadre traditionnel du cabinet. La téléconsultation constitue également une option concrète pour les personnes dont la mobilité est limitée, qu’il s’agisse d’un handicap, d’un éloignement géographique ou d’une période de vie particulièrement contrainte. La recherche confirme que ces aménagements du cadre n’altèrent pas la qualité de l’alliance thérapeutique dès lors que le thérapeute maintient une posture cohérente et contenante (Barak et al., 2008 ; Andersson & Cuijpers, 2009).
La posture du thérapeute. L’approche humaniste sur laquelle s’appuie ma pratique place la considération positive inconditionnelle au cœur de la relation thérapeutique (Rogers, 1957). Chaque personne est reçue telle qu’elle est — sans jugement sur son mode de vie, son identité, ses choix ou sa trajectoire. Cette posture n’est pas une neutralité passive. Elle demande un travail continu du thérapeute sur ses propres représentations et biais implicites, travail que la formation et la supervision clinique permettent de soutenir dans la durée.
La conscience des enjeux identitaires et sociaux. Les personnes LGBTQIA+ font face à des expériences spécifiques de discrimination et de stigmatisation aux répercussions directes sur leur santé mentale (Meyer, 2003). Les personnes issues de minorités culturelles peuvent traverser des conflits de valeurs, des expériences de racisme ou des difficultés liées au parcours migratoire qui nécessitent une attention clinique particulière. Les personnes en situation de handicap, de précarité ou d’isolement social portent des vécus qui ne peuvent être compris sans tenir compte de leur contexte. Ignorer ces dimensions dans la relation thérapeutique ne serait pas de la neutralité — ce serait une forme d’inadéquation clinique.
Inclusivité et recherche : un engagement qui dépasse le cabinet
Mes travaux de recherche menés dans le cadre de ma thèse de doctorat, notamment autour du dispositif Un Chez Soi d’Abord à Paris, m’ont conduit à travailler pendant plusieurs années auprès de personnes cumulant des troubles psychiatriques sévères et des situations d’errance. Cette expérience a profondément ancré dans ma pratique une conviction : la souffrance psychique ne se distribue pas selon les catégories sociales, et le soin ne peut pas non plus se permettre de le faire.
Ces travaux m’ont également sensibilisé à ce que la littérature nomme le savoir expérientiel — la connaissance que chaque personne développe de sa propre vie, de ses difficultés et de ses ressources (Yanos et al., 2010). Dans une approche inclusive, ce savoir n’est pas secondaire. Il est au cœur du processus thérapeutique. Le thérapeute n’arrive pas avec des réponses toutes faites : il accompagne la personne dans l’exploration de ce qu’elle sait déjà d’elle-même, souvent mieux qu’elle ne le croit.
Cette articulation entre clinique et recherche nourrit également ma réflexion sur les événements de vie et leur impact sur la trajectoire psychique de chacun — deuils, ruptures, transitions, épreuves qui reconfigurent profondément le rapport à soi et aux autres.
Qui peut consulter ?
La réponse est simple : toute personne qui traverse une période difficile, qui souhaite mieux se connaître, qui fait face à une dépression, à de l’anxiété, à un burn-out, ou simplement qui ressent le besoin de parler à quelqu’un de formé pour écouter.
Il n’y a pas de profil type du patient en psychothérapie. La recherche le montre depuis longtemps : ce qui prédit le mieux l’efficacité d’un suivi, ce n’est pas la technique utilisée, ni le diagnostic posé — c’est la qualité de la relation entre le thérapeute et la personne accompagnée (Wampold, 2015). Et cette relation se construit, séance après séance, à condition que le cadre proposé permette à chacun de s’y sentir réellement accueilli.
Si vous hésitez encore à consulter, ou si vous vous demandez si votre situation « mérite » vraiment un suivi psychologique, cette question est abordée directement ici.
Références
Andersson, G., & Cuijpers, P. (2009). Internet-based and other computerized psychological treatments for adult depression: A meta-analysis. Cognitive Behaviour Therapy, 38(4), 196–205.
Andrade, L. H., Alonso, J., Mneimneh, Z., Wells, J. E., Al-Hamzawi, A., Borges, G., & Kessler, R. C. (2014). Barriers to mental health treatment: Results from the WHO World Mental Health surveys. Psychological Medicine, 44(6), 1303–1317.
Barak, A., Hen, L., Boniel-Nissim, M., & Shapira, N. (2008). A comprehensive review and a meta-analysis of the effectiveness of internet-based psychotherapeutic interventions. Journal of Technology in Human Services, 26(2–4), 109–160.
Corrigan, P. W. (2004). How stigma interferes with mental health care. American Psychologist, 59(7), 614–625.
Meyer, I. H. (2003). Prejudice, social stress, and mental health in lesbian, gay, and bisexual populations. Psychological Bulletin, 129(5), 674–697.
Norcross, J. C., & Lambert, M. J. (2011). Psychotherapy relationships that work II. Psychotherapy, 48(1), 4–8.
Rogers, C. R. (1957). The necessary and sufficient conditions of therapeutic personality change. Journal of Consulting Psychology, 21(2), 95–103.
Sue, D. W., Arredondo, P., & McDavis, R. J. (1992). Multicultural counseling competencies and standards: A call to the profession. Journal of Counseling & Development, 70(4), 477–486.
Sue, D. W., & Sue, D. (2016). Counseling the culturally diverse: Theory and practice (7th ed.). Wiley.
Wampold, B. E. (2015). The great psychotherapy debate: The evidence for what makes psychotherapy work (2nd ed.). Routledge.
Yanos, P., Roe, D., & Lysaker, P. (2010). The impact of illness identity on recovery from severe mental illness. American Journal of Psychiatric Rehabilitation, 13, 73–93.
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