aide aux aidants
Burn-out de l’aidant : prendre soin de soi est indispensable

Aidants : pourquoi prendre soin de soi est une nécessité, pas un luxe

Être aidant, c’est souvent s’effacer. Consacrer son temps, son énergie, parfois ses nuits, au bien-être d’un proche — un parent vieillissant, un conjoint malade, un enfant en situation de handicap. C’est un rôle qui s’installe progressivement, rarement choisi de manière explicite, et qui finit par occuper une place considérable dans la vie de ceux qui l’endossent.

En France, on estime à près de 11 millions le nombre de personnes aidant régulièrement un proche en situation de dépendance (DREES, 2019). Derrière ce chiffre, il y a des hommes et des femmes qui donnent énormément — et qui, souvent, ne reçoivent pas grand-chose en retour. Les ressources disponibles pour l’accompagnement des proches aidants restent encore trop peu connues.


Ce que vivent vraiment les aidants

Le rôle d’aidant va bien au-delà des gestes pratiques du quotidien. Il engage profondément sur le plan émotionnel : accompagner quelqu’un dans la maladie, le déclin ou la souffrance, c’est aussi porter une charge psychique lourde et souvent invisible.

Les recherches en psychologie de la santé documentent de manière consistante les effets de ce rôle sur la santé mentale des aidants : niveaux élevés d’anxiété, symptômes dépressifs, épuisement émotionnel, sentiment de solitude et de culpabilité (Pinquart & Sörensen, 2003). Ce dernier mérite qu’on s’y arrête : la culpabilité est l’une des émotions les plus fréquemment rapportées par les aidants. Culpabilité de ne pas en faire assez, de ressentir de la colère ou de l’impatience, de vouloir parfois souffler — voire de vouloir que cela s’arrête.

Ces ressentis sont humains. Ils ne disqualifient pas l’amour ou le dévouement. Mais laissés sans espace pour être entendus, ils peuvent progressivement fragiliser l’équilibre de ceux qui les portent. Ces situations s’inscrivent souvent dans des transitions de vie particulièrement éprouvantes.


L’épuisement de l’aidant : un risque réel et documenté

On parle de burn-out de l’aidant pour désigner cet état d’épuisement profond — physique, émotionnel et cognitif — qui peut survenir lorsque les ressources de la personne aidante sont durablement dépassées par les exigences de son rôle (Lindauer & Harvath, 2014).

Les signes peuvent être progressifs et difficiles à identifier de l’intérieur : irritabilité croissante, troubles du sommeil, sentiment de vide ou d’absence à soi-même, perte de plaisir dans ce qui faisait sens, repli social. Parfois, c’est l’entourage qui remarque le changement avant que l’aidant lui-même ne le nomme.

Dans ma pratique, j’ai accompagné des personnes qui avaient exercé ce rôle pendant des années — certaines jusqu’à l’épuisement complet — sans jamais avoir eu l’espace pour poser ce qu’elles vivaient. Non par manque de lucidité, mais parce que la priorité avait toujours été donnée à l’autre. Parce que se plaindre semblait indécent. Parce que demander de l’aide paraissait incompatible avec l’image qu’elles avaient d’elles-mêmes.


Déconstruire le mythe de l’aidant invincible

On ne peut pas durablement prendre soin de quelqu’un si l’on ne prend pas soin de soi. Ce n’est pas une formule — c’est ce que montrent les données cliniques et ce que confirme l’expérience du terrain.

— Zarit & Zarit, 2007

L’une des croyances les plus tenaces autour du rôle d’aidant est celle-ci : un bon aidant ne faillit pas. Il tient, il s’adapte, il trouve des ressources. Et s’il craque, c’est qu’il n’était pas à la hauteur.

Cette injonction à la résistance est non seulement fausse — elle est aussi dangereuse. Elle pousse les aidants à minimiser leur propre souffrance, à retarder une demande d’aide, et parfois à s’effondrer là où un soutien précoce aurait pu préserver leur équilibre.

Consulter un psychologue en tant qu’aidant n’est pas un aveu de faiblesse. C’est reconnaître que ce que l’on vit mérite d’être entendu — et que l’on a, soi aussi, le droit d’être accompagné. Pour mieux comprendre comment choisir son psychologue dans cette situation, quelques repères peuvent être utiles.


Ce qu’un suivi psychologique peut apporter à un aidant

Un espace thérapeutique offre à l’aidant quelque chose de rare : un lieu où il n’est plus celui qui soutient, mais celui qui peut déposer. Où ses émotions — même les plus difficiles à formuler — peuvent être accueillies sans jugement.

Concrètement, un accompagnement psychologique peut permettre de :

  • Nommer et traverser les émotions complexes liées au rôle d’aidant : culpabilité, colère, deuil anticipé, ambivalence affective
  • Identifier les signes précoces d’épuisement et mettre en place des stratégies adaptées
  • Travailler les limites — apprendre à dire non, à déléguer, à accepter de ne pas tout porter seul
  • Préserver une identité propre, au-delà du rôle d’aidant, et maintenir des espaces de ressourcement personnels
  • Préparer certaines transitions difficiles : entrée en institution, fin de vie, deuil
Mon approche : orientée rétablissement et centrée sur les forces de la personne, elle s’attache à ne pas réduire l’aidant à ses difficultés. Ce qui a permis de tenir jusqu’ici — la capacité d’attachement, la résilience, les valeurs profondes — est aussi ce à partir de quoi le travail thérapeutique peut s’appuyer.

Vous êtes aidant : vous avez le droit d’être aidé

Si vous accompagnez un proche et que vous vous reconnaissez dans certains des éléments évoqués ici — épuisement, sentiment d’être seul face à la situation, difficulté à trouver votre place en dehors de ce rôle — sachez qu’un accompagnement psychologique peut faire une différence réelle.

Je reçois des aidants en consultation, en cabinet à Montreuil et en visio depuis toute la France, dans un cadre confidentiel et adapté à votre rythme.


M
Mathieu Dupuis
Docteur en psychologie clinique
Psychologue clinicien — Montreuil & visio

Références bibliographiques
  1. DREES (2019). Les aidants informels en France : données et chiffres clés. Ministère des Solidarités et de la Santé.
  2. Lindauer, A., & Harvath, T. A. (2014). Pre-death grief in the context of dementia caregiving : a concept analysis. Journal of Advanced Nursing, 70(8), 1793–1803.
  3. Pinquart, M., & Sörensen, S. (2003). Differences between caregivers and noncaregivers in psychological health and physical health : a meta-analysis. Psychology and Aging, 18(2), 250–267.
  4. Zarit, S. H., & Zarit, J. M. (2007). Mental disorders in older adults : Fundamentals of assessment and treatment. New York : Guilford Press.

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